Nous discutions dernièrement avec un ami, jeune papa également, de nos enfants, de l’éducation à leur donner. Nous parlions justement de notre rôle de parents, à quel point nous devions respecter la personnalité de nos enfants, sans oublier pour autant de les pousser et de les aider à dépasser leurs limites, pour leur bien naturellement. Nous avons chacun évoqué une expérience pour nous, qui a été un déclencheur, des expériences que l’on doit uniquement à nos parents, qui sur ce coup-là nous avait poussés dans nos retranchements.

Il y a 20 ans, on gagnait la Coupe du Monde de foot, (grâce à Footix naturellement), mais surtout il y a 20 ans, mes parents m’inscrivaient en colo, en « summercamp bilingue franco-allemand ». La belle affaire. Moi, petite fille qui pleurait à l’école au moment d’aller en récréation car il fallait se retrouver avec les autres enfants, moi jeune adolescente aux amies que l’on compte sur les doigts d’une main. Moi, jeune fille sauvage de 14 ans à peine, que mes parents avaient décidé d’inscrire en colo pour développer mon caractère social.

Voilà que débutait la série des meilleurs étés de ma vie. Je me souviens des images, des goûts, des sensations, des sentiments, la mémoire encore vive (j’ai une bonne mémoire sensorielle et émotionnelle 🙂 ). Je me retrouve en Ardèche, dans un camp de vacances en camping, à dormir sous une tente de 12 personnes, dont 10 jeunes filles allemandes avec qui il me fallait bien communiquer. Je me retrouve au milieu d’un groupe de Français, avec au milieu celui qui allait devenir mon premier amour que j’ai follement follement aimé durant des années (et qui n’a probablement jamais du le savoir tellement j’étais maladroite et bornée à l’époque). Boostée par le désir de le revoir, je me réinscris pour l’année suivante (à ma demande !), voilà que je tombe en amitié de cette jeune Parisienne timide qui deviendra ma meilleure amie pour les 10 années suivantes.

 

Photo de Michael Nunes on Unsplash

 

Il aura fallu juste ces deux bonnes personnes pour aller au-delà de moi-même et de vaincre ma timidité. Durant ces 4 étés de summercamp en France et en Allemagne, où je suis partie parfois tout un mois au milieu de ces autres qui me faisaient tant peur, j’ai épluché et coupé des patates pour 40, inventé des personnages, joué en allemand dans des sketchs de notre invention, fait 3 fois la descente de l’Ardèche en canoé, et aussi, perfectionné mon allemand (14 au bac coeff 8 !).

De cette amitié avec la petite Parisienne, des longues conversations au téléphone pour se raconter nos histoires d’amour (ou leur absence), une soirée-gastro pour le réveillon du nouvel an, 2 séjours à Berlin quand nous avons eu 20 ans et des poussières, et enfin, moi qui pouvait croire à nouveau en l’amitié alors que mon expérience de l’amitié avait commencé par une trahison quand j’avais 10 ans.

Mes parents avaient probablement vu en moi une petite étincelle qui ne demandait qu’à s’enflammer, croyant sans doute qu’il me fallait de toute manière en passer par là pour me faire des ami-e-s. Alors, oui, un jour, j’inscrirai probablement ma petite timide à une colo où elle n’aura pas franchement envie d’aller, mais je lui raconterai mon histoire, mon histoire d’amour qui a tellement tellement marqué mon petit coeur, mon histoire d’amitié qui m’a fait sortir de ma coquille et qui m’a permis à nouveau de refaire confiance. Elle m’en voudra sans doute de l’inscrire à ce « truc trop nul » (ou alors elle me le dira en allemand), mais j’espère qu’elle me remerciera, comme je me remercie mes parents aujourd’hui (Papa si tu passes par là, Maman aussi !).

Sur ce, je m’en vais envoyer un message à cette petite Parisienne, ça fait bien trop longtemps qu’on ne s’est pas donné de nouvelles.

 

Et vous, quel est votre « summercamp » que vos parents vous ont infligé ? 🙂