Nous sommes à Berlin depuis maintenant 15 jours, et avec notre petite louve, j’ai parcouru les rues en poussette, en porte bébé, au gré des parcs et de la météo (non non il ne fait pas que pleuvoir ici).

L’Histoire se mêle ici aux pavés, et les petites histoires aussi. Celles de gens ordinaires, qui ont vécu ici, il y a longtemps parfois. Pour apercevoir leurs histoires, juste un fragment, il faut regarder entre les pavés, et découvrir des petits carrés de laiton au milieu de pavés de pierre. On pourrait les croire isolés, mais ils parsèment les trottoirs de toute la ville.

 

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A l’origine, c’est le projet créatif de Gunter Demnig, un artiste berlinois. Ces pavés de 10 cm se prénomment Stolpersteine,  » pierres sur lesquelles on peut trébucher ». Elles commémorent la mémoire d’une personne, victime du nazisme, pas forcément juive, mais qui a subi une discrimination de la part du régime hitlérien.

Les premières pierres ont été posée en 1993 à Cologne et Berlin, dans le quartier de Kreuzberg. Depuis, n’importe qui peut faire poser une pierre pour rendre hommage à la mémoire de quelqu’un de sa famille, chaque pierre coûte 95€ et est financée par des particuliers, associations… Il faut demander l’autorisation à chaque administration de quartier, les règles sont différentes selon si vous habitez Charlottenburg ou Prenzlauer Berg. Depuis, 17000 Stolpersteine ont été installées en Allemagne.

J’ai remarqué pour la première fois ces trois petites pierres en attendant que le feu piéton passe au vert, à un grand carrefour, dans l’effervescence de la ville, les taxis qui klaxonnent, les vélos qui circulent, les sonnettes du tram. Dans ce brouhaha citadin, un moment hors du temps, un moment pour repenser à l’Histoire qui s’est écrite ici, celle que l’on étudie dans les grandes lignes à l’école ou qu’on parcourt dans les documentaires d’Arte. Mais cette grande Histoire est faite de petites histoires, de la vie de gens ordinaires, qui ont payé le prix de la Grande. Ces pierres sont là pour que nous ne puissions jamais l’oublier.

Pour en savoir plus, vous pouvez lire le très bon article de Libération sur le sujet (qui date malgré tout de 2005) et parcourir la page Wikipédia.

 

A l'intersection de Mollstrasse et Otto-Braun Strasse

A l’intersection de Mollstrasse et Otto-Braun Strasse

 

sur Fehrbelliner Strasse

sur Fehrbelliner Strasse

 

L’Histoire la plus récente de Berlin, c’est aussi le Mur, le Berliner Mauer. Des horreurs de cette époque, il est devenu presque un pèlerinage presque inévitable de Berlin, et bien sûr un atout commercial pour les vendeurs de souvenirs (qui vous vendent des fragments « véridiques » du Mur, oui oui oui). Quiconque est venu à Berlin a parcouru les 1.2 km de mur de l’East Side Gallery (ici le site, en allemand et en anglais), quiconque est resté un peu plus longtemps est peut être allé au marché aux puces de Mauerpark chanter au karaoké géant du dimanche matin. Mais le mur n’est pas que là, il est aussi entre les pavés (pour connaître les lieux méconnus où le Mur est encore un peu là – sur ce site en français)

Deux rangées de pavés pour matérialiser le Mur et parfois deux bandes de cuivre. Sans y prêter attention, on ne le verrait presque pas, il est là, comme un fantôme de l’Histoire.

 

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Sur Axel Springer Strasse

Sur Axel Springer Strasse

 

J’aime cette idée de garder une trace du passé, de l’assumer, de ne pas oublier et d’en tirer les leçons pour mieux avancer dans le futur. Je trouve dommage l’exploitation financière à outrance de cette Histoire, qui édulcore dans la mémoire collective l’intensité des actes commis : les abrutis qui se prennent en selfie devant l’East Side Gallery mesurent-ils vraiment toute l’atrocité qui découla de la construction du Mur de Berlin ?

 

Et vous, vous les aviez remarqué, ces petites pierres de laiton ? Vous en pensez quoi de la mémoire collective ?